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A SON PÈRE


Triel, Seine-et-Oise
[Août 1889.]

    Je te demande bien pardon, mon cher père, de ne t'avoir pas écrit plus tôt, mais je suis fort souffrant, et, depuis ton départ je n'ai pas eu un jour de repos tant j'ai dû faire de démarches pour trouver une nouvelle maison de santé pour Hervé. Il ne va pas ; il a des violences terribles, et installé à Cannes, chez ma mère, il met en danger la vie des gens qui l'entourent. J'ai dû voir des quantités de médecins. Enfin je crois avoir découvert un asile en des conditions raisonnables, près de Lyon, où il sera surveillé par le professeur Pierret, beau-frère du célèbre Bouchard.
    Mais... quand les femmes se décideront-elles à le laisser ou à le faire enfermer ? Voilà le mal.
    Moi, je ne vais guère. J'ai mal à l'estomac et mal dans les jambes. J'ai consulté pour Vichy. Tous les médecins me le déconseillent. On va m'envoyer je ne sais où. Peut-être à Pougues, peut-être en Allemagne.
    Adieu, mon cher père, donne-moi de tes nouvelles. Je suis à Triel pour quinze jours encore.
    Je t'embrasse tendrement.

Ton fils,
GUY

    
    [Collection Maurice Druon.]