Guy de Maupassant  : La demande. Fragment publié par Pierre Borel dans Le Temps du 24 février 1927. La présentation de la pièce est de Pierre Borel.
Numérisation et mise en forme HTML (7 octobre 2001) : Thierry Selva

LA DEMANDE


    Un homme du monde marié a une maîtresse, la femme de cet homme va avoir un amant. Et c'est le secret pressentiment d'être trahi qui fera revenir soudain l'homme du monde à sa femme.
    Le sujet est mince ; Maupassant s'était surtout attaché à camper ses personnages, à rendre leurs propos, à restituer dans un style nerveux l'atmosphère factice de cette société.
    Sallures, l'homme du monde, définit le salon tel qu'il le voudrait.



SALLURES : ... Quelques hommes d'esprit et quelques jeunes femmes, et pas de foule.

MADAME SALLURES : C'est impossible. On ne peut fermer sa porte.

JACQUES, l'ami de Mme Sallures : Oui, le monde aujourd'hui c'est la foule. C'est une coulée de gens à travers mille salons, dont toutes les ouvertures sont béantes.

SALLURES : Il n'y a donc plus d'hommes amusants ?

JACQUES : Oui, il y en a, mais ils ne sont pas amusants dans le monde.

SALLURES : Pourquoi ?

JACQUES : Parce qu'ils sont toujours interrompus et troublés par les sots.

SALLURES : Alors on exclut les sots.

JACQUES : Impossible.

SALLURES : Pourquoi encore ?

JACQUES : Parce que c'est l'élite.

SALLURES : Comment l'élite ?

JACQUES : Oui, l'élite de la société est formée de gens considérablement honorables, vénérés, connus et titrés, mais souverainement assommants, ignorants et vaniteux qu'il est impossible de ne pas recevoir.